lundi 22 septembre 2008
Requiem for a dream
Ode à toi, mon cher, dont les traits défaits, bouffis d'alcool, et l'âme confite ne chercheront plus au fond de mon troisième œil, le port, le havre sans écueils, que réclamaient ton cœur de soie déchirée et tes plaies toujours ouvertes d'enfant du rêve bien fatigué. T'es parti bien jeune pauvre con génial. On nous avait prévenus, cent fois, mille fois, que la paix ne se trouvait pas là où on la cherchait. Cette violence incroyable, contenue en toi, en moi, il fallait la canaliser : les chantres idiots de la raison
ordinaire, ont bien prêché cent mille fois le sens commun à nos pauvres têtes folles. Mais rien, rien de bien n'en sortait, qu'une petite mort programmée, qu'une solitude effrayante de môme abandonné. Sortez les violons ! Faites les pleurer ! Encore et encore ! Sur un destin avorté, sur un chant intérieur, sur une musique de l'âme esseulée... Pleurez comme je me désagrège, comme nos rêves partagés se dissolvent. Perdez l'eau de vos cordes et de vos corps, abandonnez lui les derniers sacrements d'un verre de gnôle, d'une bière qui jamais ne se finit. T'étais si beau, si brillant, si touchant... Mais tu n'as jamais aimé le vulgaire... Boire aux fontaines de l'ordinaire, c'était pas pour toi, hein, pauvre con? Tu as préféré te laisser crever de soif? Ou remplir ton corps de clochard en costard, tantôt magique, tantôt pathétique, de poison liquide, jour après jour, l'anesthésie de l'être, c'est ça? Crétin !! Jamais un mot de travers, hein? Toujours le verbe haut, la pensée juste, raffinée, acérée... Toujours l'élégance du mot juste qui tape juste derrière les yeux clos des gens qui écoutaient ta mélodie constamment jouée sur plusieurs partitions, que tu jouais si subtilement qu'on pouvait la prendre et l'entendre, selon sa comprenette, pour un opéra de silences ou pour une comptine pour bêtes...
Et cette pudeur, cette putain de pudeur ! Et cet orgueil ! Les femmes étaient trop bêtes, t'as été voir les hommes? Les hommes te plaisaient pas, t'as été voir les "gens"? Les "gens" t'ont déçu, t'as été voir la came? La came t'as détruit, t'es retourné voir les femmes?
Y'en avait bien une !
Elle t'a aimé jusqu'au bout, dans le silence et la peur de ton intransigeance. Mais ça aussi tu l'as merdé !
Je suis en colère ! Une colère qui pourrait tout dévaster ! Qui pourrait même me terrasser, m'emporter loin de moi-même ! Me faire retomber dans nos déchéances ! Mais je ne ferai pas comme toi pauvre con ! Ce n'est plus un jeu, et tu n'es plus là ! Je n'ai pas dessaoulé depuis un mois, c'était mon cadeau d'adieu beau génie, le dernier... Je vivrai ce que tu n'as pas vécu. Si tu avais eu la force d'accepter juste une fois la beauté ordinaire de toutes ces petites choses, ces petits riens, que tout le monde te proposait, cadeaux timides, ces mains tendues... Si... si... si... Moi je les ai saisies, et tu n'es plus là...
Pauvre con, je deviens quoi maintenant? T'es où bordel? Je me sens si seul...
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